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   De retour à Ilos, Roswyn et Bertrand se séparèrent. Tous deux étaient encore sous le choc de la révélation d'Aethelwyn. L'elfe pouvait-il dire vrai ? Mais comment cela était-il possible ?

   Bertrand décida immédiatement d'aller parler au bailli et lui conter l'incroyable récit du Blanpeau. De son côté, Roswyn rentra à la maison et patiemment, attendit le retour de sa mère. Oh oui, elle aurait des questions à lui poser.

   Messire Aldebert vit immédiatement l'embarras de Bertrand et lui dit sur un ton affectueux :

   - Je vois bien que quelque chose te tracasse mon garçon, serait-ce en rapport avec ton voyage d'hier ?

   - Et bien oui, répondit Bertrand, et il raconta, sans rien en omettre, tout le récit de l'Elfe Aethelwyn.

   Quand il eût fini, le bailli, dont l'embarras se lisait de plus en plus sur son visage répondit :

   - Mon garçon, sache que certaines choses devaient être tues jusqu'à présent car il en allait de la vie de ta sœur Roswyn. Maintenant, après toutes ces années, je crois que tu peux en effet, apprendre la vérité. J'ai cependant peur que ces révélations ne mettent ta soeur un peu plus en danger, mais oui c'est vrai, Roswyn est bien la fille cadette des défunts roi Ethan et de son épouse la reine Clotilde. Elle fut sauvée par une des suivantes de la reine lors de l'assassinat de ses parents et conduite, sous ma surveillance, ici à Ilos où ta mère l'adopta en tant que sa propre fille.

   Bertrand, l'esprit tout agité suite à ces révélations et pâlissant de plus en plus, dut s'asseoir et attendit quelques instants avant de prononcer ces mots :

   - Mais que va-t-il se passer maintenant... Pauvre Roswyn, ou plutôt devrai-je dire ''Edwyna'', comment va-t-elle pouvoir assumer ce fait ? Et de plus si je comprends bien, elle n'est même pas ma sœur !?

   - Du calme Bertrand. C'est vrai et j'ai peine à te le dire, Roswyn n'est pas ta véritable sœur mais étant donné que tes parents l'avaient adoptée...

   Le jeune homme coupa court aux paroles du bailli.

   - Et que ferait l'usurpateur s'il apprenait l'existence d'un descendant des derniers souverains ? Elle serait réellement en danger de mort... Comment l'en protéger ? Pourquoi ne pas l'avoir cachée bien loin d'ici, beaucoup plus loin d'Ethyria... C'est un miracle que Le duc Norbert ne l'aie pas découverte ici à Ilos. Je sais qu'elle n'est plus une enfant mais quand-même, elle n' a que seize ans et déjà elle se fait partout remarquer... 

   Calmement, le bailli répondit :

   - Tu m'as dis que l'elfe Aethelwyn s'était proposé pour s'occuper d'elle. Chez lui elle serait en sécurité et s'il le fallait, la tribu des Sedes-odaï pourrait peut-être la recueillir, qui sait ? En attendant, je dois te dire que nous devrons nous allier une troupe importante, cela mettra le temps qu'il faudra mais nous devons chasser l'usurpateur du trône de Meruvia et rendre celui-ci à sa légitime propriétaire. Une alliance avec les tribus elfes serait un atout considérable et sans doute la seule solution à une victoire finale. Mais reste calme et sois patient, je vais avoir besoin de toi et à ce sujet je vais t'envoyer au palais à Ethyria. Le capitaine Hubert voudrait engager un responsable de patrouille, je lui parlerai de toi, tu es le genre de meneur d'hommes qu'il recherche. En outre, là-bas, tu seras mes yeux et mes oreilles, tu rechercheras toutes les personnes susceptibles de nous aider. Il faudra aussi que tu entres en contact avec le chef de la guilde des marchands, un certain Ethiolas, il est des nôtres et connaît énormément de monde à Ethyria et dans la plupart des villes de Meruvia. Je sais que jusqu'à présent il n'est pas soupçonné par le palais mais tu surveilleras ses contacts, nous avons besoin de lui et il ne doit rien lui arriver. Voilà en gros ce que j'attends de toi actuellement, j'espère que ce ne sera pas trop à supporter pour tes jeunes épaules mais j'ai confiance en toi, tu es droit et honnête et malgré ton jeune age tu sais déjà te faire respecter. Pour l'instant, rentre chez toi et va consoler ta sœur, je suis sûr que les dieux qui l'ont épargnée jusqu'à présent lui préparent un grand destin.

   Bertrand remercia messire Aldebert pour ses bonnes paroles et prit la direction de la maison paternelle afin de rejoindre Roswyn.

   Dès qu'il se fut retrouvé seul, le bailli, de nouveau pensif et comme se parlant à lui-même, dit :

   - Je ne lui ai pas parlé du sceptre, mais chaque chose en son temps.


*   *   *


   Roswyn ne se sentait pas très bien. Encore ignorante des aveux du bailli, elle était allongée sur son lit en regardant fixement le plafond. Des traces de larmes étaient encore visibles sur ses joues. Apercevant son frère, elle couru vers lui et se jeta dans ses bras. Ils restèrent silencieux un moment et Bertrand décida alors de ne rien dire à sa soeur. Non, il ne lui parlerait pas des révélations du bailli, il ne s'en sentait pas le courage, loin de là. Cependant, connaissant sa sœur, il était certain que dès le retour de leur mère, Roswyn se chargerait elle-même d'engager la conversation sur ce sujet. Il la savait forte de caractère, elle voudrait des réponses et elle les obtiendrait.

   Manon rentra vers dix-neuf heures. Elle était lasse et fatiguée de sa longue journée, elle embrassa ses enfants et fut étonnée de voir que Bertrand n'était pas au poste de garde.

   - As-tu eu quelque problème aujourd'hui, lui demanda-t-elle, il est rare de te voir à l'entrée du soir en compagnie de ta sœur ? A propos, dit-elle, s'adressant à sa fille, j'attends toujours des nouvelles de votre voyage chez l'Elfe Aethelwyn, pourquoi voulait-il te voir ?

   Roswyn fixa le regard de sa mère et lui dit d'une voix tremblante :

   - Mère, vous savez que je vous respecte et que je vous aime plus que tout au monde mais par tous les dieux dites moi de qui suis-je réellement la fille ? Allez-vous continuer à m'appeler Roswyn ou bien préférerez-vous vous courber maintenant devant la princesse Edwyna ?

   Manon regarda sa fille avec effroît et fondit en larmes. Saisissant alors Roswyn dans ses bras elle la serra très fort jusqu'à lui faire mal. La sœur de Bertrand, se mit à pleurer longuement et chaudement dans les bras de sa mère, la scène, digne de tragédies telles que certains groupes d'acteurs en jouaient quelquefois sur les places publiques d'Ethyria, fit perler une larme au coin des yeux de Bertrand.

   - Oh c'est donc vrai, s'écria Roswyn entre deux sanglots, je ne suis donc pas votre fille ni la sœur de Bertrand ? Pourquoi m'avoir caché cela jusqu'ici, vous auriez dû m'avouer la vérité bien plus tôt, je ne vous en aurais pas moins aimée. Bertrand, dis-moi par la grâce des dieux qu'es-ce que tout ceci implique ? Je crains ne plus savoir qui je suis réellement ! 

   D'un geste paternel, le jeune homme sépara les deux femmes, les fit asseoir, et, devant le grand désarroi de sa soeur, se décida néanmoins de raconter intégralement sa conversation avec le bailli. Les esprits se calmèrent petit-à-petit mais chacun comprit que désormais rien ne serait plus jamais comme avant. La mère et ses enfants seraient sans doute bientôt séparés, du moins le craignaient-ils, pour peut-être une plus ou moins longue période, chacun devant suivre sa destinée. Ce fut Roswyn qui rassura sa mère.

   - Oh mère chérie, je n'ai jamais connu que vous et vous m'avez toujours protégée et choyée comme si vous m'aviez vous-même enfanté. Sachez que même si j'ai pour titre Princesse d'Ethyria, vous resterez à tout jamais ma seule et unique mère et je ne saurais jamais assez vous remercier pour cette belle jeunesse que vous m'avez offerte. Quant-à-toi Bertrand, mon frère chéri, mes frêles épaules auront encore bien besoin de toi pour me soutenir et me guider. Je sais que tu feras tout pour m'aider à reprendre le trône de Meruvia. Mais avant de rejoindre le druide Aethelwyn je désirerais, oh mère, me rendre à Naryth pour remercier personnellement Elisabeth sans laquelle je ne serais pas ici près de vous aujourd'hui.

   Manon acquiesça bien volontiers à la requête de Roswyn, après tout, sa fille était quand-même princesse royale. Quant à Bertrand, après avoir demandé la permission au bailli d'accompagner sa sœur à Naryth, il scella deux chevaux du poste de garde et le lendemain à l'aube, le frère et la sœur galopaient en direction de l'est.

 

*   *   * 

 

   Situé à environ cinquante lieues à l'est d'Ilos, Naryth était un petit bourg à peine plus grand que le village de Manon. Un grand lac le bordait par le sud et fournissait aux pêcheurs du coin de quoi assurer une bonne partie de la subsistance de leurs familles.

   En début de soirée, deux cavaliers entraient dans le village au petit trot et se dirigèrent sans difficulté vers la demeure du frère d'Elisabeth. Sitôt arrivés devant la chaumière ils furent étonnés de ne voir filtrer aucun rai de lumière à travers les vieux volets de bois qui s'ajustaient tant bien que mal aux fenêtres. Bertrand s'avança et se préparait à frapper à la porte quand un voisin, un paysan d'un âge avancé et assis sur un banc à l'extérieur de sa demeure, leur dit :

   - Si c'est la mère Elisabeth que vous cherchez, elle est partie. Y' a deux jours une troupe de soldats de l'usurpateur est venue se saisir d'elle ainsi que de son frère, et tout ça sans ménagement pour les conduire à Ethyria. J'ignore c'que cet' pauvr' femme a pu faire pour irriter ainsi le roi Norbert mais je m'suis laissé dire qu'on l'avait mise au cachot dans l' donjon du palais.

   - Et les enfants, s'écria Roswyn... Où sont les enfant ?

   - Ah ça ma p'tite damoiselle, j'saurais pas vous dire, tout c'que j'sais c'est qu'on n'en a plus jamais entendu parler.

   A ces mots, Roswyn faillit s'évanouir et Bertrand dû la retenir afin qu'elle ne s'écroule à terre.

   - Ecoute, dit-il à sa sœur, rien n'est encore perdu. Je vais être affecté à Ethyria et je te promets que si Elisabeth se trouve dans un cachot, je ferai tout mon possible pour l'en faire sortir. Je me renseignerai également sur ce qui est advenu de nos frères et sœurs, fais-moi confiance, s'ils sont toujours en vie je te promets de les ramener sains et saufs. Maintenant, ce que je redoute le plus c'est qu'Elisabeth ne soit soumise à la question car si elle parle de toi, tes jours seront plus que jamais en danger. Il faut également que notre mère déménage au plus tôt car si Elisabeth venait à révéler quoique ce soit à son sujet, je craindrais grandement pour sa vie. Quant-à-nous, nous allons nous séparer ici. Je vais rentrer voir le bailli à Ilos et toi tu prendras immédiatement la route qui conduit chez le Blanpeau Aethelwyn. Avant de partir, nous allons passer par l'auberge du village pour prendre quelques provisions, laisser souffler les chevaux et nous reposer cette nuit, les prochaines journées risquent d'être difficiles. 

 

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