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   La semaine qui précéda la rencontre de nos deux amis Jeanjean et Aron, vit Ethyria, la capitale du royaume de Meruvia, entrer dans une effervescence jamais vue jusqu'alors. Sur les marchés de la ville, les gens s'étaient rassemblés plus qu'à l'accoutumée et semblaient bien plus intéressés à se raconter les dernières nouvelles du palais qu'à acheter ou vendre leurs marchandises comme ils en avaient l'habitude les jours précédents.

   Les histoires s'échangeaient bon train, chacun racontant à sa manière et souvent en y ajoutant quelques fantaisies, les horreurs qui venaient de frapper le palais royal.

   - C'est un monstre, une licorne je vous dis... Elle a éventré la famille du roi en moins de temps qu'il ne faut pour le dire.

   - Pas du tout, la mère, vous n'y êtes pas. On dit que le sorcier Arethos était au château hier et qu'il aurait lancé des sorts de destruction à l'intérieur du palais.

   C'est alors qu'un certain Ethiolas, un représentant de la Guilde des Marchands, prit part à la conversation et lança :

   - Et que fait alors le duc Norbert de Roncenoir au château actuellement ? On dit qu'il a remplacé toute la garde royale par ses propres hommes. Toute cette histoire de monstres et de sorcellerie n'est qu'un coup monté par les hommes du duc, voilà longtemps que ce dernier s'est mis en tête de prendre le pouvoir à Ethyria et cela, beaucoup d'entre-nous ne l'ignorent pas mais ont peur d'en parler car ils craignent pour leur vie.

   - Tu parles trop Ethiolas, répondit un petit homme ventru, sais-tu que le duc a dépêché ses espions partout dans la ville ? Tu ferais mieux de te taire si tu ne veux pas finir tes jours dans une des geôles de la tour.

   A ce moment, la petite vieille qui avait parlé de la licorne se mit à gémir :

   - Notre pauvre roi Ethan tout de même, retrouvé mort tout ensanglanté à l'intérieur de son palais... Et notre chère reine Clotilde, si bonne envers son peuple, ainsi que leurs deux fils âgés de dix et douze ans, tous baignant dans leur sang... C'est horrible.

   A nouveau, Ethiolas le marchand, intervint dans la conversation pour ajouter :

   - A propos, on dit que le corps de la petite princesse Edwyna n'a été retrouvé nulle part. C'est à croire que la déesse Aziza à enlevé l'enfant pour la protéger de ce désastre.

   - C'est toi qui le dis, qui sait si on ne va pas retrouver son cadavre dans l'un ou l'autre coin du château ?

   Et c'est ainsi que tout au long de cette journée se déroulèrent la majorité des conversations du bon peuple, mais où était donc passée la petite princesse ?

 

                                                 Notre pauvre roi Ethan tout de même, retrouvé mort tout ensanglanté à l'intérieur de son palais... 

 

*   *   *

 

   Elisabeth, la femme de chambre de la reine Clotilde vouait un véritable amour à la petite Edwyna. Cette enfant, la dernière née des souverains d'Ethyria, était particulièrement choyée par ses parents et par tous les gens de la maison du roi. Il faut dire que c'était une petite fille particulièrement jolie, très remuante, espiègle à souhait comme beaucoup d'autres enfants mais spécialement intelligente et très éveillée pour son âge.

   Or, le jour où ces cruels événements se produisirent, l'enfant jouait dans la chambre d'Elisabeth lorsque de nombreux bruits d'armes et de cris effrayés se firent entendre à l'intérieur du palais.

   Prudemment, la femme de chambre sortit de la pièce et fit quelques pas dans le couloir. Un peu plus loin, au haut d'un escalier, elle vit deux soldats du duc en pleine conversation. Cachée dans l'encoignure d'une porte, elle tendit l'oreille et eut un mouvement de recul en entendant les propos que l'un des deux gardes disait à l'autre :

   - Le duc a dit ''toute la famille'', personne ne doit survivre.

   Elisabeth faillit laisser s'échapper un cri, tellement ces paroles lui révélèrent l'horreur des événement qui devaient se passer en bas. Elle se retint à temps et fit travailler ses méninges à toute vitesse. Descendre par l'escalier principal pour s'enquérir de la situation ? Trop risqué et sans doute déjà trop tard !

   Maintenant, seul le sort de la petite Edwyna la préoccupait. Elle retourna à sa chambre, prit l'enfant dans ses bras et descendit précautionneusement par un escalier secondaire donnant sur l'arrière-cour du château. Cet endroit était relativement calme et elle n'y rencontra pas de soldatesque.

   Mais que faire de la princesse ? Une idée lui vint subitement à l'esprit, elle héla un paysan en charrette à bœufs qui, contre une somme dérisoire, consentit à la conduire au village voisin d'Ilos situé seulement à deux ou trois lieues de la capitale. Pendant le voyage, elle avait bien échafaudé son plan, elle irait voir son amie Manon à Ilos, celle-ci ne refuserait pas de garder l'enfant, du moins pour quelque temps, on verrait bien. L'important était de sauver la princesse de l'horreur qu'avaient subie ses parents.

   Les deux femmes se rencontrèrent donc à l'orée du bois de Nooren, dans une petite cabane qu'occupaient quelquefois les chasseurs du coin.

   Manon accepta de prendre l'enfant à sa charge mais Elisabeth exigea une promesse :

   - N'avoue jamais à ton mari Jeanjean qui est l'enfant ni d'où elle vient, il pourrait prendre peur et la faire remettre aux mains des hommes du duc. De plus, ne dis jamais à Edwyna qui elle est, ce serait la mettre en danger, elle n'a que trois ans et d'ici quelque temps elle aura tout oublié de son passé. Donne-lui également un nouveau prénom, rien ne doit subsister de son identité.

   Manon promit de respecter tout ce que son amie lui avait demandé et emmena l'enfant dans sa chaumière.
 

 

 

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