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   Bertrand était le premier-né de Manon et Jeanjean. Il avait deux ans de plus que Roswyn et avait toujours été très complice avec sa sœur. Enfants, il leur arrivait souvent de faire les farces les plus téméraires et les plus folles.

   Un jour, un capitaine de la garde du duc était venu rendre visite à messire Aldebert, bailli d'Ilos. Le frère et la sœur s'étant mis en tête de jouer un bon tour aux quatre gardes qui accompagnaient l'officier, ils s'introduisirent de nuit dans la cour de la demeure du bailli et s'emparèrent des épées que ceux-ci avaient rangées à l'entrée de leur baraquement. Il faut dire que le vin dont s'abreuvaient généreusement les quatre soldats aida quelque peut nos garnements et c'est sans se faire remarquer qu'ils subtilisèrent les armes.

   Le lendemain matin, le capitaine, remarquant l'état d'ébriété encore avancé de ses hommes et la disparition de leurs armes, se mit à les invectiver de belle manière, les menaçant de les faire pendre sur la place d'Ethyria. En tout cas, il demanda fermement au bailli de suivre cette affaire de près et de retrouver dès que possible le ou les auteurs de ce vol.

   Messire Aldebert était un homme entre deux âges, un peu rondouillard et bon vivant. C'était un personnage intègre qui n'avait jamais approuvé le meurtre de la famille royale d'Ethyria. La gestion cruelle et sauvage du royaume par le duc Norbert le dégoûtait au plus haut point. Il ne l'avait jamais déclaré ouvertement car c'eût été se passer la corde au cou lui-même. Dès lors, c'est avec une grande indifférence qu'il laissa pourrir cette histoire de vol d'armes mais, par curiosité, mena néanmoins sa petite enquête personnelle.

   Après de nombreux jours de recherches plus ou moins approfondies, les quatre épées furent retrouvées dans la grange de Gunther, le paysan qui habitait à la sortie d'Ilos, pas très loin de l'orée de la forêt de Nooren. Celui-ci fut amené sur-le-champ, devant le bailli qui se mit en colère.

   - Eh bien Gunther, que font ces armes chez toi ? Réponds de suite ou je te fais mettre au cachot, séance tenante.

   Tremblant de peur, le paysan avoua la vérité.

   - Pitié messire... je vais tout vous dire. C'est Bertrand, le fils de Manon qui m'a apporté ces épées en me demandant de les cacher et d'en prendre soin car elles pourraient servir un jour.

   - Servir un jour... Que veux-tu dire manant ? Parle ou je te fais fouetter !

   - Seigneur bailli, je l'ignore, mais demandez à Bertrand, c'est lui qui a eu l'idée de voler ces armes, pas moi.

   Le bailli envoya immédiatement quérir le fils de Manon. Devant messire Aldebert qui affichait un regard courroucé, les joues de Bertrand s'enflammèrent.

   - Et voilà un gaillard qui n'a pas froid aux yeux, commença le bailli. Ainsi donc c'est toi le fils de Jeanjean le paysan maintenant décédé, tu as l'air bien jeune, qu'allais-tu faire de ces armes ?

   - Ma sœur et moi voulons nous entraîner à manier l'épée, les forêts sont nombreuses autour d'Ilos et l'on y rencontre quelquefois des brigands.

   En entendant la réponse de Bertrand, le bailli éclata d'un rire sonore.

   - Ah ah ah... Mais ta sœur n'est encore qu'une enfant et ces épées sont trop lourdes pour elle.. Vous vous seriez coupé les membres avec ces armes, par le dieu Nélos... Mais toi même, quel âge as-tu ?

   - Quatorze ans messire, mais je n'ai pas peur de me battre.

   - Oui, mais en attendant je confisque ces épées... Cependant, tu me plais mon garçon, je ne doute pas que tu deviennes un jour quelqu'un, mais pour l'instant tu es encore trop jeune pour jouer avec l'acier. Néanmoins j'aime les jeunes gens de ta trempe. Reviens me voir quand tu auras dix-huit ans accomplis, je serai en mesure de te prendre à mon service et nous verrons alors ce que nous pourrons faire de toi.

   - Oh messire, grand merci, s'écria Bertrand soulagé, je reviendrai; soyez-en sûr.

   - Oui, mais avant cela, répondit Aldebert en fronçant les sourcils, surveille un peu plus ta sœur et prends soin d'elle, je sais qu'elle n'est pas la dernière à provoquer une bagarre ni à écraser le nez d'un garçon, ce ne sont pas là des jeux de jeune fille.

   Le bailli congédia Bertrand et quelques souvenirs resurgirent alors à son esprit. N'était-ce pas lui qui neuf ans plus tôt, avait demandé qu'une famille d'Ilos puisse prendre en charge une enfant perdue... Cette enfant... Roswyn, messire Aldebert le savait depuis longtemps, était la reine légitime de Méruvia. Il savait que Roswyn était la princesse Edwyna et qu'avec l'aide des dieux, le trône lui reviendrait certainement un jour... Comment ? Il ne le savait pas encore, mais ce monstre de Norbert de Roncenoir allait, un jour ou l'autre payer pour ses crimes.

   Il rentra dans ses appartements, erra quelque peu dans sa chambre puis se saisit d'une clé qu'il décrocha d'un mur. S'avançant alors vers un meuble bas taillé dans du vieux chêne, il en ouvrit un tiroir. Il dénoua lentement un linge en coton qui enserrait un objet qu'il manipula avec précaution.

   - Oui, dit-il à haute voix. Ceci sera utilisé quand l'heure sera venue et reviendra alors à sa légitime propriétaire.

   L'objet, un bâton tout en ocre et enchâssé de nombreux diamants qui brillaient de mille feux, n'était autre que le sceptre de la déesse Aziza...

 

 

   Quand Bertrand eût atteint l'âge de dix-huit ans, il frappa à la porte du bailli et se fit admettre comme novice parmi la garde d'Ilos. La garde d'Ilos... Ce terme était bien pompeux pour désigner les quatre soldats plus très jeunes, mis à part le bailli, qui la composaient.

   Pendant des jours et des jours, le fils de Manon s'entraîna activement au maniement de l'épée et ses progrès furent si rapides qu'au terme de trois à quatre mois il devint un bretteur confirmé, ce qui étonna grandement ses camarades mais satisfaisait le bailli au plus haut point. Un jour, messire Aldebert le fit appeler dans ses quartiers.

  - Bertrand, lui dit-il, tu as fait d'énormes progrès en peu de temps et je suis fier de toi. Désormais c'est toi qui conduira les quatre autres bons à rien en patrouille. A ce sujet, ta première mission sera de nous débarrasser de quelques assassins qui infestent la région près du fleuve Meruvil, dans la forêt de Nooren. 

   La mission fut menée de main de maître. Après quelques jours de recherche dans les bois touffus que traversait le cours d'eau, les bandits furent repérés un soir dans un petit campement hâtivement établi. Au centre de celui-ci, un petit feu aux flammes vacillantes semblait prêt à s'éteindre. Bertrand put entendre une faible conversation dans laquelle des voyous parlaient en riant de leur dernière rapine. Le jeune homme fit un signe d'encerclement à ses quatre camarades et un moment plus tard les gardes d'Ilos s'abattaient à grand fracas sur le petit groupe pris au dépourvu. Le combat fut rapide et efficace, aucun des cinq soldats du bailli ne fut blessé mais par contre, huit sur ce groupe de neuf brigands qui détroussaient et tuaient des voyageurs, furent occis sans ménagement, le neuvième s'enfuyant sans demander son reste.

   Messire Aldebert, bailli d'Ilos, venait de comprendre que Bertrand allait lui être d'une aide précieuse pour ses futurs projets.

 

 

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